Maquillage et Singularisation

by Fe'linoïd Lazuli

“Dès lors que l’apparence du visage ne se définit plus comme un rôle, elle se transforme en énigme. Et le visage maquillé ne se donne pas davantage à comprendre qu’un autre, il résiste tout autant à une sorte de grammaire arbitraire. Il serait vain de vouloir le classer sous forme de typologie comme il fut insensé et dangereux de réduire les traits du visage à une physiognomonie. Si le maquillage utilise les symboles d’une société, il ne se déploie pas en indices décodables, il ne répond pas à une objectivité, pas même à celle de la femme qui n’est jamais “transparente” à elle-même. Une première scène du maquillage s’élabore telle une opération symbolique qui “assure un lien avec l’invisible, met en jeu l’imaginaire”. Cette quête par les fards de la beauté féminine perdure à travers les siècles et témoigne d’une transmission souterraine de la mémoire.
Une deuxième scène se profile: celle de la relation mouvante entre l’intime et la communauté. Car si notre société a élevé le visage comme le lieu de l’unicité de l’être, de son identité et de son histoire, elle le confronte aussi non seulement à la multitude des autres visages mais aussi à celle des images qui le représentent (photographie, cinéma, télévision, vidéo, modèles de la mode et de la publicité). Le maquillage, en s’inscrivant dans la perspective de modifier la lisibilité du visage, participe-t-il à une volonté d’échapper au nivellement, de s’extraire de la similitude, d’élaborer une distinction par l’apparence, et cela grâce à un travail sur le détail, sur l’infime, une sorte d’écriture des traits qui aurait pour fonction de le singulariser?
Lorsqu’elles sont maquillées, les femmes se sentent, selon leurs termes, plus “expressive”, plus “visible”, plus “présente”, plus “féminine”, ce sont ces impressions qui déterminent leur pratique. Le maquillage se manifeste dès lors comme un révélateur d’une partie d’elles-mêmes qui pourrait s’exprimer par le détour de l’apparence de leur visage et qui leur permettrait davantage de se donner à voir aux yeux des autres.”

Christine Arzaroli – Le Maquillage Clair-Obscur. Une Anthropologie du Maquillage Contemporain.

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